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Pédigrée

Tewfik c’est un melting pot à lui tout seul.  Hyper racé, il promène sa belle gueule sur nos écrans et sur les planches du monde entier.

Tewfik c’est…une présence magnétique…
un pedigree énigmatique… et
une rigueur indéfectible…

Fiche Technique

Quelques minutes lui auront suffit pour se mettre dans le bain lors de notre photo shoot pour laisser exploser l’étendue de son talent hors norme. Dans ce lieu plus qu’improbable, et sous l’œil incrédule de notre photographe, Tewfik, se mue en homme araignée, en champion de break dance, en Johnny Deep new génération.

Car ce qui fait l’atout de ce comédien hors pair est avant tout la dualité de son caractère, qui le rend si insaisissable: tour à tour ultra serein et réfléchi (son âme est imperturbable)  et turbulent lorsqu’il se lance dans une prestation au rythme effréné…

Un cocktail détonnant qui très tôt dessine les contours d’une carrière prometteuse. Repéré à 10 ans, il interprète un jeune terroriste libanais envoyé en France pour tuer le Président dans Killer Kid, film de Gilles Demaistre.

Tewfik, nationalité et origine des parents ?

Je suis née à Argenteuil. Ma mère est marocaine, mon père est tunisien algérien.

Tewfik, qui es tu, d’ou viens-tu, ou vas-tu ?
Je suis un enfant née dans une cité, j’ai grandi entouré de gens de toutes les origines. J’ai fait beaucoup de sport, je devais rentrer à l’INSEP, mon destin en a décidé autrement…Je suis un grand fan de cinéma. Petit, ma grand-mère qui faisait le ménage dans un cinéma nous emmenait avec elle tous les dimanches. On voyait tous les films en avant première car c’était le jour ou le projectionniste essayait toutes ses bobines…
En 1993, j’ai remporté le prix du Jeune Public à Cannes. Les propositions ont afflué par la suite mais mes parents ont préféré que je retourne à l’école.
La graine a germé jusqu’au jour de mes 18 ans. Je savais au fond de moi ce que je voulais faire. Alors je suis allé m’inscrire au cours Florent en cachette…
Et puis j’ai découvert le théâtre au Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique de Paris.

C’est là que j’entends parler pour la première fois de Tchekov, Shakespeare, Breicht…et puis je vais voir une pièce au Théâtre du Soleil intitulée « Le dernier caravansérail » qui durait 9h ! Ce spectacle vivant, retraçant des bouts de vies de réfugiés afghans a été une révélation ! Pendant les entractes on nous servait des plans afghans ! Les odeurs, c’était magique ! Cette pièce a dépoussiéré tout ce que j’avais pu m’imaginer sur le théâtre et l’interprétation.

Je me suis longtemps demandé si j’avais ma place dans ce grand monument. Plus jeune j’étais sur mes gardes, j’avais du mal avec l’autorité. Je me suis calmé, j’ai beaucoup bossé. Et puis je me suis rendu compte que l’endroit d’ou je venais (la banlieue) m’apportait une valeur ajoutée. J’étais plus vif, je n’intellectualisais pas ce que je faisais, j’étais moins littéraire que les autres, je n’étais pas le fils de…Si ce n’est celui de mon père et de ma mère que j’estime par dessus tout !…

J’ai fait beaucoup de télé par la suite, ce qui m’a apporté une certaine rigueur. Quand tu tournes, ca va vite, il faut être efficace, réactif et aller à l’essentiel. Mais c’est un peu frustrant car tu n’as pas le temps de creuser ton personnage en profondeur.

J’ai enchainé sur les répétitions du spectacle d’un auteur dont j’appréciais beaucoup le travail. Pour moi Wajdi Mouawad a la plus belle écriture dans le domaine de la tragédie contemporaine. Et me voilà qui joue dans la Triologie « Littoral » dans la cour d’honneur de la cour du Palais des Papes à Avignon ! C’est l’endroit le plus sacré dans le monde du théâtre.  On a joué toute la nuit devant 2000 personnes. On a commencé avec le soleil, puis il s’est couché, relevé et les gens applaudissaient…Un moment inoubliable…C’est dans ce genre de moments que tu repenses à ton parcours, d’où tu viens, et que tu te rends compte que tu ne lâches pas ton rêve que tu fais en sorte de le garder tout prêt de toi pour qu’il s’exauce…

Les choses arrivent …tout doucement…
J’ai été très touché par le prix d’interprétation qui m’a été remis au Festival de Fiction de la Rochelle. Pour moi c’est un début de reconnaissance de la profession qui me donne envie d’aller plus loin…A l’avenir je pense me diriger vers un mix de théâtre et de cinéma. Mais c’est comme si je devais choisir entre mon père et ma mère, alors j’ai décidé de ne pas choisir !

Une rencontre qui a tout changé pour toi ?

Oui ! Ma rencontre avec Wajdi Mouawad ! Il m’a fait avancer dans la façon de faire mon travail. C’est la personne la plus généreuse que je connaisse. Son optimisme est sans faille et il aime profondément l’etre humain !

Tewfik, penses-tu que le « Yes We Can » c’est possible en France ?

Oui ! Il faut y croire sinon on a plus qu’a déménager aux Etats-Unis ! Le but n’est pas de fuir mais de résister !

La France d’aujourd’hui elle t’inspire quoi ?

Je la trouve belle, dangereuse et mal représentée ! Surtout notre génération qui est ultra talentueuse, qui a faim, qui a envie et besoin qu’on ouvre les yeux et qu’on la voit! Je vois de plus en plus de médiocrité et de culture bas de gamme diffusée un peu partout. On perd notre temps à toujours tout comparer à la nouvelle vague. On a tous entendu au moins une fois que c’était mieux avant ! C’est bien de regarder en arrière mais c’est encore mieux de regarder le présent dans les yeux, cessons d’etre des historiens du cinéma et relevons le niveau !
Le cinéma français est beau mais souvent frileux quand il s’agit de projets ambitieux, on préfère nous fourguer des comédies avec des acteurs connus et un sujet fade plutôt que de prendre le risque de tout réinventer

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Celui ou celle qui incarne la success story à la française par excellence pour toi ?

Jacques Audiard ! Cette sensibilité qu’il a à raconter des histoires sans porter de jugements, est d’une puissance rare ! La force de ses scénarios me touche beaucoup. Il n’y a que lui qui soit capable de miser sur un inconnu comme acteur principal de son film. C’est la preuve que l’on redonne la part belle à la réalisation. Dans ce cas, ce n’est plus l’acteur qui est « bankable » mais le réalisateur  qui le devient !

Le prochain(e) français(e) « bankable » pour toi ?

Virginie Sauveur ! Réalisatrice du téléfilm « Frères ». Elle a ce talent particulier de savoir réunir les bonnes personnes ensemble sur ses projets.  Elle a aussi cette qualité d’accepter les propositions de jeu de ses acteurs.  Elle les écoute, leur consacre du temps, ce qui est extrêmement rare sur un tournage. Et puis elle filme la solitude des gens amoureux d’un façon si particulière…

Etienne Constatinesco aussi. C’est un jeune réalisateur qui a monté son premier long métrage sans financement. Il a entrainé une équipe de 50 personnes derrière lui avec son envie et sa passion. « Colline » est sorti sur DailyMotion . Le film a été un beau succès et a obtenu beaucoup de presse !

Tewfik, tu as un scoop pour moi ?
Oui, je viens d’apprendre que je vais jouer dans le prochain spectacle du metteur en scène de la royale Shakespeare Company et que je pars en tournée avec eux sur les 1000 & une Nuits !

Photos ©Cheick Touré

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