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Interview, texte & Direction Artistique by Aurélie Siou
Photos  ©Martin Lagardère

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Il n’y à pas que le néon qui soit résolument dans l’air du temps! Alex Mestrot & Thomas Chosson, fondateurs de Superbien et trentenaires irresistibles, font des vagues dans le milieu créatif. Directeurs artistiques, metteurs en scène des vidéo-projections géantes les plus allumées du moment, créateurs d’ambiances mêlant la 3D, les volumes et l’expérience sensorielle, ils réalisent sur chaque projet un travail d’orfèvre au résultat tentaculaire et  et à l’effet boomerang.

A la manière d’un Cassius, ils apposent leur effervescence imaginative sur les plus belles œuvres architecturales : ils réalisent un vidéo-mapping géant sur la face du Palais du Pharo à Marseille pour Adidas et une projection animée sur le toit de l’Opéra House de Sydney lors du Vivid Festival.
Déclinaison inédite d’un Rubik’s Cube, ils créent  une scénographie autour d’une vidéo-scuplture qui révèle une réalité fragmentée faisant de chacune de ses facettes les parties essentielles d’un tout.

Déclinant la lumière sous forme de projections interactives, ils sont devenus les esthètes de l’illusionnisme visuel racé et coloré. Une nouvelle forme d’Art contemporain au sens inné touché par la grâce qui intègre une énergique folle.

Ces deux garçons là n’ont pas fini de faire briller nos yeux !

SUPERBIEN c’est quoi et qui ?

SUPERBIEN c’est une agence de création de contenu animé, crée en septembre 2007 par Thomas Chosson et moi-meme.

Qui êtes vous, d’où venez vous, ou allez vous ?

Thomas vient du print mais il est aussi passé dans des boites de production de jeux vidéos. Moi je viens du design industriel, mais comme je n’avais pas grand-chose à dire dans ce domaine, je me suis engouffré dans le motion design. Je suis rentré chez Raison Pure, une agence de design qui avait un département vidéo. Je m’occupais de la réalisation de films de lancement pour des produits (flaconnage de parfum, packaging, etc).

Pour un film plus ambitieux que les autres, j’ai eu besoin d’un bon DA. j’ai appelé Thomas qui était un pote par ailleurs. Suite à cela nous avons fait 4 films ensemble pour cette agence. Ça fonctionnait très bien entre nous.
Puis mes envies ont changé au sein de cette agence. Au même moment des potes chez Auditoire nous faisaient des appels de pieds pour venir faire des films . Tout est allé très vite, j’ai quitté mon agence et quelques semaines après et on a installé des bureaux chez moi avec Thomas. On a commencé à bosser tout de suite.

Au départ on était parti pour être 2 créa, moi je faisais de l’animation et Thomas toute la DA, mais très vite on s’est rendu compte que Thomas pouvait largement gérer toute cette partie créative ! Du coup je prend en main toute la communication autour de SUPERBIEN, la partie projet ainsi que toute la gestion de la boite. On s’est lancé comme motion designer au sens classique.

Mais au contact du monde de l’évènementiel, de ces différentes contraintes, de la diversité des sujets abordés et de leurs formats très variables, très vite, nous avons pris un autre virage plus artistique dans notre approche de la création de contenu animé. Nous avons commencé à appréhender l’image animée différemment, à la faire sortir du cadre de l’écran plat 16/9 pour attaquer des formats géants et même à exploiter l’espace en volume.
Et désormais nous sommes sept. Un concepteur rédacteur, quatre DA/graphistes « after effects » et nous 2.  Thomas a maintenant un rôle de DC. Il s’occupe de tous les projets en amount, de toutes les compétitions, les boards et détermine toutes les directions artistiques.

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Parle-moi de Sydney…

Sydney c’était dingue… Il y a chaque année des projets où on sait qu’on va se faire plaisir et pour lesquels nous avons conscience qu’il va y avoir un véritable investissement en terme d’images. L’an dernier, nous avons reçu un email du Directeur de l’Opéra de Sydney qui nous dit « chaque année nous organisons un Festival à Sydney nommé le Vivid Festival*, cette année le commissaire d’exposition est Stephen Pavlovic, le boss du Label Modular. Il a vu et apprécié votre travail sur le Web.  Chaque année nous invitons des artistes numériques à venir s’exprimer à ce festival, le plus gros évènement étant la projection sur l’Opéra de Sydney, et nous aimerions que vous vous occupiez de la conception et la création des images pour cette partie. Vous avez carte blanche, il y a 10 nuits à couvrir. »

La production a duré 8 semaines… Nous avons crée quasiment 1h d’images. Nous avons conçu pleins de petites boucles qui se lançaient en random car nous ne voulions pas d’une boucle globale. Il y avait 4 thématiques distinctes. Une des plus grandes difficultés était de prendre conscience de la surface de projection qui était énorme. Il fallait gérer les mouvements, les tailles, les couleurs en s’imaginant que ça serait projeté sur un bâtiment de 200m de long et  de 100m de hauteur…
Le résultat ? Bluffant !

Est-ce que tu penses que le rêve français existe ?

Je ne me rends pas bien compte. Nous travaillons pourtant beaucoup à l’international. Mais si le terme « rêve français » c’est le nouveau terme pour « French Touch » alors oui il y a toujours un vrai intérêt pour le savoir-faire français en terme de qualité et d’innovation. Les clients internationaux viennent chercher en France une approche artistique ainsi qu’une certaine décontraction par rapport aux choses qui peuvent être produites.
Il y a une vrai déferlante frenchie à New York en ce moment dans le domaine artistique. Ils adorent la qualité de notre travail allié à notre coté fun !

La France d’aujourd’hui elle t’inspire quoi ?

Je trouve qu’on a de la chance de vivre en France, beaucoup de gens aimeraient être à notre place, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à changer.
Malheureusement je la trouve un peu éteinte. On s’est tous pris une grosse gifle avec la crise qu’on traverse depuis quelques années.

Mais que ce soit au niveau de la scène artistique, de la musique, de la mode, de l’art il n’y a rien d’émergent, rien de majeur, pas de prise de risque. Quand tu vois le défilé du 14 juillet de Goude pour le Bicentenaire à l’époque, tu prends une belle baffe ! A l’époque tu avais un rêve et les marques avaient les moyens financiers pour l’assouvir. En tout cas elles investissaient plus dans la création.
Aujourd’hui on rêve toujours mais il faut se débrouiller. C’est plus système D. Les marques veulent toujours des nouvelles choses mais n’investissent plus.

Le talent le plus emblématique de notre génération ?

Je trouve que ça manque de relief dans la musique, dans la nuit, dans l’image. Il n’y a pas d’énergie, pas de vibration. Les seuls qui emmènent çà avec une vraie envie de faire des belles choses en s’amusant, Pedro Winter, Lionel & André aussi. Mais à part eux, qui y-a t-il ?  Il n’y a aucune alternative à ces mecs qui sont supers doués dans leur domaine.

Comment pensez-vous influer sur la création Made in France ?

Je ne pense pas que nous influons sur quoique ce soit… si nous influons à l’insu de notre plein grès, c’est tant mieux… Si des gens le pensent tant mieux aussi, mais on avance avec nos envies. Que les gens soient heureux de notre travail, par contre çà, on s’en inquiète. On ne se prétend pas être des artistes, on ne revendique pas grand-chose.
On est connus pour créer des choses colorées, vivantes mais aussi avec une vraie narration et de l’émotion… On a une vision plus pop, plus dans l’énergie. Mais c’est tout. L’influence est peut être induite mais pas exprimée ni maitrisée. Ce qui se ressent dans notre travail c’est qu’on donne le meilleur de nous même, notre démarche est spontanée. L’idée c’est d’avancer en donnant le meilleur de soi.

Celui ou Celle qui incarne une vrai Success Story à la française ?

Pedro Winter ! Il a crée un véritable élan en à peine 15 piges. Le mec a une vraie vision et il avance avec une énergie sereine… Il gère des tonnes de trucs dans le passé, dans le présent et dans le futur, malgré tout, on le croise souvent, il est toujours présent et il prend toujours du temps pour discuter. Tu peux avoir l’impression que le mec n’est pas débordé alors qu’il bosse à 2000%!  Ce que j’apprécie le plus chez lui c’est qu’il a toujours un coup d’avance… Pour moi c’est çà le vrai talent !

Le prochain français bankable ?

Harry Tordjman, le producteur de Bref.  C’est le grand producteur Français de cinéma de demain !

* Vivid Festival : très gros évènement d’Art numérique et de musique à Sydney

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http://www.superbien.fr

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