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Pedigree

Mamika Goldberger, 93 ans, superstar, icône des grands et des petits.
Sacha Goldberger, son petit fils, créatif à l’imaginaire débordant doublé d’une liberté visuelle et esthétique époustouflante.

Comment devient-on un super héros?

Prenez:

– Un photographe aux pouvoirs magiques

– Une mamie qui déchire: drôle, aérienne, généreuse, actrice née.

– Quelques jolis habits, des accessoires décalés et des objets à contre emploi.

C’est à peine si tu prends conscience de ta transformation, toi et ton héros préféré ne font plus qu’un!  Soudain tu vois la vie en Technicolor, et tu te prends à t’imaginer en Superman ou en Wonder Woman…

La cerise sur le gâteau? Mamika est devenue la figure emblématique de toutes les pop star branchées et des ingénues de son age!
Germaine s’éclate dans les soirées huppées de la capitale en quète de la dernière vanne à balancer dans sa rubrique du Petit Journal et pose dans le WAD, Djette Ruth Flowers met le feu au dancefloor…

 Shiny Power Lady on vous dit!

 

Sacha, origine et nationalité des parents ?

Français. Mère et grand-mère hongroise, père français.

Sacha, qui  es-tu, d’où viens-tu, ou vas-tu ?

Je suis le fruit de 2 personnalités totalement opposées. Les 2 personnages les plus importants de ma vie.  Ma mère, très douce, très poétique, un personnage sorti tout droit d’un conte de fées et ma grand-mère, très drôle, très décalée, un personnage ultra cynique, une espèce de bulldozer, qui a sauvé ma famille et une dizaine d’autres personnes.

Ma grand-mère a pris le relai de mon éducation quand j’étais adolescent. J’ai eu donc une première partie de mon éducation qui était dans la poésie et la romance et une deuxième partie dans le décalage, l’humour et l’excentricité.

Dans ma famille on m’a appris que dans la vie le plus important c’est l’amour et qu’il faut arriver à surprendre la personne qu’on aime tous les jours, que chaque moment de la vie est exceptionnel, qu’il faut s’approprier les choses et non les subir…

Il y a toujours eu une espèce de poésie quotidienne dans tout quand je rentrais à la maison et le mot d’ordre c’était de faire en sorte que le quotidien ne soit jamais le même.
C’est cette éducation là qui m’a poussé à travailler comme je le fais, qui m’a incité à raconter des histoires et qui a fait que je suis resté dans un univers un peu féerique, poétique.

J’ai appris que j’étais juif à l’école. C’est un sujet que l’on n’abordait pas à la maison. Ma grand-mère encore aujourd’hui estime qu’on a assez donné à l’holocauste pour qu’on en parle plus.

J’étais dans une école catholique et j’ai réalisé que j’étais différent des autres quand on a commencé à me traiter de « sale juif ». On me disait « cui cui » comme le petit oiseau qui passe au dessus d’Auschwitz. A ce moment là j’ai eu 2 possibilités : la première c’était de cacher mes origines, la seconde de les assumer, de dire « oui je suis ce que je suis et je vous emm…bip ». J’ai choisi la seconde ce qui allait contre le désir de ma famille.

Adolescent, j’ai commencé à revendiquer mon judaïsme de manière un peu ridicule pour un juif d’origines hongroise.  Je parlais avec un accent pied noir très poussé à tel point que mes parents me disaient régulièrement quand je rentrais à la maison « mais tu sais mon chéri tu es ashkénaze. Chez nous on dis plutôt « voi voi voi » que la vérité». J’avais les cheveux longs, je portais une doudoune Scott et une énorme étoile de David autour du cou!

Et c’est petit à petit avec le temps que je me suis dit que dans mon travail il fallait absolument que je développe cet humour, ce cynisme lié à mon éducation, simplement  parce que cela faisait partie de moi.

Je suis devenu créatif dans plusieurs agences de pub où on m’employait à inventer des histoires décalées. J’ai donc évolué dans cet univers un peu parallèle où on essaye de raconter une vie moins dramatique.

Mamika…La Genèse

Le jour ou j’ai eu envie de créer mon site je me suis dit que je voulais faire un
«  Woody Allen à la française ». C’était un peu présomptueux j’en conviens.

Dans cet esprit là, il fallait que ma grand mère présente mes trois premiers livres et mes produits dérivés avec l’humour qui la caractérise.

Je lui ai fait porter mes tee-shirts et prendre des poses. Elle essayait de sourire, le résultat n’étais pas fameux.  Je devais trouver autre chose, un truc en plus.

J’ai débarqué un matin une idée derrière la tête. «Mamie, pourrais tu téléphoner avec ta laque à cheveux ». Elle m’a regardé dépité. Dans ces yeux je pouvais lire « pauvre type » !

Et puis elle a pris la bombe et a commencé à discuter  naturellement comme si elle était au téléphone avec une de ses copines « Margit, comment ca va ? ». C’était hilarant ! Non seulement elle rentrait dans le jeu mais en plus elle en rajoutait!
Il s’est avéré qu’elle prenait très bien la lumière mais qu’en plus c’était drôle. Ma grand-mère est une véritable comédienne dans l’âme.

La deuxième photo elle m’a dit « j’aimerais bien faire une photo avec ton casque de moto », je lui ai demandé pourquoi, elle a répondu « parce que comme ça on me verra moins » !

Je me suis rendu compte qu’elle était  à fond dans l’histoire ! Concours de circonstances, c’était le début de MySpace. J’ai posté les photos sur mon profil et il y a eu un véritable buzz.

J’ai montré tous ces commentaires  à ma grand-mère. Au début elle n’y croyait pas… tous ces compliments. Chaque jour elle allait regarder sur son Mac les nouveaux messages. Finalement ça a crée une demande chez elle, comme une drogue.

Du coup on est passé de « quand est ce qu’on déjeune ensemble » sa phrase préférée à « quand est ce qu’on fait de nouvelles photos » ! Mamika a amené beaucoup d’idées très drôles, je me suis aperçu qu’elle était très créative.  L’idée de la photo sur la moto « à l’envers » vient d’elle!

Le magazine WAD m’a demandé de faire une série Mamika qui a cartonné. Il n’y a jamais eu de calculs, que des opportunités, des rencontres. Pour moi ma grand-mère c’est une femme qui est capable de tout !

Sacha, tu penses que le « Yes We Can » c’est possible en France ?

Je pense que c’est possible mais qu’il faut travailler comme un acharné. Moi j’ai été élevé comme ça ! Si tu travailles il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas ! Pour les photographes ce n’est pas facile parce qu’il y a une phase de production qui est gigantesque. Et puis il faut croire en ce que tu fais, le faire avec conviction et s’entourer de gens de talents.

La France d’aujourd’hui  tu la trouves comment ? Elle t’inspire quoi ?

Je suis incapable de te dire, je bosse 18h par jour, je vis dans un monde virtuel ! Cela dit je suis un peu nostalgique des années 50/60, l’esthétisme y était plus présent qu’aujourd’hui.  J’aime l’élégance, la classe, le savoir vivre de cette époque, même si  je suis un peu jeune pour avoir ce discours là et que je suis fan des nouvelles technologies.

Et notre génération tu la trouves comment ?

Je trouve qu’elle manque cruellement de fantaisie. Et j’ai l’impression que tout est peu fragmenté et que finalement selon ta classe sociale tu peux faire une chose ou une autre.

L’influence c’est quoi pour toi ? Ça se traduit comment ?

Dans le métier que je fais c’est de pouvoir dépasser les critères esthétiques pour faire passer des messages.C’est essayer de  faire évoluer et surtout de faire avancer la société. C‘est se poser des questions sur des choses graves.En ce qui me concerne c’est très simple, J’espère juste  que le travail que j’ai fait avec ma grand-mère va changer le regard que certaines personnes ont  sur la vieillesse.Dans notre société les vieux, les impotents, dérangent.

Si je peux avoir une influence esthétique ou morale bien évidemment c’est un plus.

Le (la) prochain(e) français(e) « bankable » ? Tu paries sur qui ?

Mamika ! C’est une étoile montante ! Ne disons pas d’elle qu’elle est bankable. Mais que la plus belle étoile montante c’est ma grand-mère !

Celui ou celle qui incarne la « Success Story » à la française par excellence pour toi ?

Jérôme Coste. C’est un mec qui a du talent, du gout. Sa marque est juste magnifique ! (ndlr : Jérôme a crée la marque Ruby). Je trouve que les produits qu’il a crée sont remarquables. Il a réussi  à faire d’un produit totalement inintéressant un objet de luxe, en créant le désir et en provoquant l’envie.

Sacha, tu as un scoop pour moi ?

Oui! Mon prochain travail va être une série de portraits sur les sosies !

The End…

Toute mon histoire est assez exceptionnelle. Au total avec Mamika on a du être interviewés par 150magazines a travers le monde. Le seul plaisir que l’on puisse tirer de cela c’est le fait que plein de gens ont entendu parler de ma grand-mèreet qu’on ait pu parler de la Shoa, et surtout qu’on ait pu faire passer un message positif qui fait que chaque jour on reçoit des messages de personnes qui nous disent qu’elles vont voir leur grands-parents plus souvent pour s’occuper d’eux.

Morceaux Choisis

«  A 13 ans, j’ai découvert que j’étais un « sale juif » alors que je me lavais tous les jours »

« Ma grand-mère était très belle, mon grand-père était petit, un peu rond et chauve mais très drôle, je pense qu’il était doué au lit… »

« J’avais envie de faire un Woody Allen à la française ! C’est un peu présomptueux mais comme je me la raconte (rires) »

Texte & Propos Recueillis par Aurélie Siou
Photos  ©Sacha Goldberger

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