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Tel l’artisan il sculpte la matière, le tissu le plus souvent, qu’il confectionne, assemble, amoncelle à l’infini pour donner vie à un recueil, éblouissant, vibrant, enthousiasmant et fantasque.

Dans chacune de ses créations il met au point une abstraction paradoxale pleine de volumes organiques et mécaniques.

Aux attributs réalistes d’une œuvre d’un Marcel Duchamp il ajoute une harmonie esthétique et poétique ou la matière danse et fluctue au même rythme que l’agitation et le mouvement du monde actuel.

Dans les trames qu’il assemble on perçoit à la fois l’évocation spirituelle des liens tissés par Herman Hesse, l’envergure de la mise en scène de Wu Tsang, la profusion créative et débordante d’Ai Wei Wei, le caractère performatif, scénographique et  protéiforme d’Henrik Vibskov.

{AS} Benjamin, Qui es-tu, d’où viens-tu, ou vas-tu ?

{BM} Benjamin Mecz , j’ai grandi a Paris j’ai eu le sentiment de devoir m’expatrier pour comprendre ce qui se passe autour de moi; j’ai décidé de faire les Beaux-Arts à Jérusalem. Je suis revenu par amour. Nous avons accès a des choses qui nous sont enviées dans le monde entier. Je suis un homme qui cherche à comprendre ce qui se passe autour de lui. Si je fais cette installation a la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris c’est pour partager un grand moment qui se veut conséquent en terme de dimension en en terme de vie. L’envie de partager des moments intenses et marquants on ne me l’enlèvera jamais, si ma vie est dédiée a l’art c’est bien pour cela, c’est pour en faire profiter le plus grand nombre.

Quelle est la genèse et l’essence de ton oeuvre?

Ce que je propose c’est une vision , marquer un instant, un lieu. Un artiste doit être témoin de son temps, il doit être a même de montrer l’époque dans laquelle il vit. Il y a quelques mois, j’ai trouvé ce livre par terre, Knulp. Le roman d’Herman Hesse, allemand dénaturalisé par conviction, qui s’est avéré être une étincelle et un miroir de ce que j’ai pu être dans la décennie passée, puisqu’en 2015 j’ai eu 30 ans. Knulp en a eu 100. Dans tous les grand cycles, les grandes phases, il est à mon sens nécessaire de changer, de se renouveler. La genèse c’est un objet trouvé, comme on peut en trouver dans la société de surproduction qui est la notre, chaque ouvrage qui est mis sur mon chemin me mène à quelque chose. Ce livre m’a aidé à comprendre cela, que la décennie est révolue et que pour cela il faut exorciser le passé et faire. J’ai donc décidé de parler de cet auteur, ce prix Nobel, et aussi de mettre en relation le héros du roman avec ce que beaucoup d’entre nous peuvent vivre.

J’ai été attiré par un hommage à Knulp pour une autre raison. Le titre du roman, est une onomatopée soudaine, métaphore de l’art contemporain tel qu’il est perçu aujourd’hui. Sans les bonnes références; c’est parfois incompréhensible, ça prend de la place et ça permet un questionnement énorme. Pour preuve ma performance pendant la Biennale de Lyon a suscité beaucoup de réactions, et surtout une passion déchirante qui est d’accepter la nature et de comprendre un peu plus les nécessités contemporaines.

Pour ouvrir le cycle Knulp, que j’estime nécessaire dans mon évolution artistique, je décide d’ouvrir le bal avec un radeau funeste et flamboyant assimilé a un radeau sur le Gange, un radeau viking que tu mettrais à feu pour rendre hommage aux morts, qui verra son second volet se dévoiler le 21 octobre. Quoi de plus naturel pour se défaire d’une histoire, l’archiver et en écrire une nouvelle, que de le faire dans un lieu qui renferme toutes les archives de Paris. Une bibliothèque, un écrivain, l’installation en elle-même qui consiste à acquérir l’empreinte des gens sur le sol, et l’empreinte d’un temps imparti et d’un moment précis.

J’ai toujours été attiré par les objets manufacturés, de tout temps, ce que l’on produit en série. Je répète les objets, les processus, la façon de faire. Il y a toujours dans la ligne conductrice cette idée de répétition pour appuyer l’époque du clonage industriel. On répète des objets, la répétition témoigne d’une certaine sécurité biaisée et contrôlée par une envie de cloisonner la masse. Le changement est décrié, mis à l’écart, pour éviter que nous comprenions que si tout change nous pourrions ouvrir  une brèche vers la liberté.

J’ai grandi dans une famille modeste qui a évolué dans confection, le textile, . Quoi de plus symbolique pour moi que la trame du tissus finalement? A partir de fils on tisse un cosmos. Je suis conscient de cette trame depuis très jeune mais aussi des impératifs familiaux depuis mon plus jeune age. Je me pose la question bien sur de savoir si ces impératifs environnementaux ne sont pas coupables de renfermer les gens sur eux mêmes. On se retrouve vite dans une position ou on nous demande de répéter un système par peur du changement et de l’insécurité en dehors de notre zone de confort.

Depuis 2011 et ma première exposition chez Bernard Ceysson, j’ai constitué des peaux de fourmis chimériques en cartes à jouer qui constituaient une trame. Il y a une notion de purge personnelle dans mon Art pour éviter de re-créer les schémas précédents et pour être conscient des chemins imposés. Toutes les trames que je constitue sont une piste que je donne au spectateur. Ma performance à la BHVP est la confirmation de la pensée qui serait que l’art ne doit pas se cantonner au « white cube », au cube blanc de l’institution, aux galeries, l’Art qui doit être complétement accessible.

Ton Art est-il un acte engagé et penses-tu qu’il a une influence sociale?

La responsabilité intrinsèque de l’art tel qu’on le connait aujourd’hui est de donner publiquement à réfléchir sur une condition socio-économique. Lorsque je fais cette tente que je présente pendant mon solo show à St Etienne, avec ces étiquettes tissus que je répète 12,000 fois, je le fais pour que l’on puisse comprendre a un certain niveau de lecture que notre contexte social est dirigé par des codes que l’on accepte naturellement et qui doivent être remis en cause. Oui l’art se doit d’être engagé comme chaque chose qui est rendue publique, par envie et besoin de conscience commune saine et sereine.

Quelle place occupe dans ton travail les personnes ou éléments suivants: l’humanité, l’histoire et la musique?

Commençons par le son est l’un des éléments principal de ma prochaine performance qui tourne autour des fréquences sonores. J’ai une attache très forte à la musique. La musique est un pilier de ma vie. Sans jouer d’instrument, je joue d’autre chose,  certains logiciels me permettent de composer. Jim Morisson a dit il y a 30 ans que le futur de la musique était avec une personne sur scène avec une seule machine en anticipant ainsi la naissance de la musique électronique. La musique électro est le rock’n’roll de notre génération. Que ce soit ce type de musique ou la soul que mes parents me faisaient écouté petit, c’est omniprésent chez moi.

L’histoire est une trame, on peut pas dissocier du tout celle qui fut de celle qui sera, mais c’est bien maintenant que nous la créons ensemble. L’art c’est l’histoire et l’histoire c’est l’art. Il n’y a aucune frontière entre.

L’humanité c’est l’essence même de la compréhension du monde, le témoignage premier de cet humanisme c’est l’objet manufacturé accessible a tous. La manière dont il est produit et ce que cela nécessite. La manière de changer les mauvais procédés liés à tout cela. A partir d’un objet qui appartient a tout le monde comment donner une piste? Comme faire comprendre que la réelle communauté est la communauté mondiale. Lorsque je me coupe mon sang est rouge, celui d’un congolais, d’un palestinien, est rouge. Ce sang rouge est notre bien commun. Dans une époque ou l’on essaye de scinder les communautés, seule la prise de conscience d’une communauté mondiale amènera les changements nécessaires à la survie de la planète. Nous sommes tous assujettis à la même chose: la maladie, la mort, le bonheur, les rencontres…

Que penses-tu du vandalisme de l’œuvre d’Anish Kappor?

De ce que j’ai pu analyser, dans chaque grande crise , dans chaque moment crucial de l’histoire du monde on a toujours vu de tout temps l’antisémitisme et l’oppression des juifs affichés publiquement. C’est forcément quelque chose qui me touche naturellement. C’est bien sur honteux et cela témoigne d’un mal être, d’un manque d’humanité, d’un manque de compréhension. C’est triste de voir que mon pays puisse encore témoigner de ce genre de choses.

A l’heure actuelle, les musulmans font face au même genre de cible, non?

Bien sur. Il faut accabler le fanatisme qui ne représente qu’un infime pourcentage . C’est un simple ratio mathématique. Les musulmans ne sont pas en cause, les radicaux le sont. Quand à Anish Kapoor, artiste d’origine iranienne, indien, juif, en tant que maitre de notre temps dans un premier temps il a décidé de laisser le marqueur intemporel de notre temps sur sa création, c’est bien la vraie valeur de cette pièce, . Je suis impressionné par le charisme et l’intelligence d’Anish Kappor.  Il a compris son rôle public et historique. Depuis son œuvre a été recouverte de feuille d’or. Quoi de plus naturel que l’or pour recouvrir la haine?

Si ton Art était une vertu, laquelle serait-ce ?

Le partage.

Quel terme aimerais-tu voir émerger, jaillir de tes créations ?

Le partage

La France d’aujourd’hui tu la trouves comment?

Je la trouve belle et colorée.

Existe-il un « rêve français » d’après toi?

C’est plutôt un rêve universel qui serait de bien vivre, de vivre pleinement.

La reconnaissance suprême pour toi ce serait quoi?

Ce serait de pouvoir faire partager au plus grand nombre ma vision de l’humanité. La vraie reconnaissance ce serait de comprendre qu’on est tous pareils, que tout le monde a besoin des mêmes choses et que personne ne devrait en être privé.

Pour toi l’influence c’est quoi ? Ça se traduit comment ?

C’est provoquer l’émotion. Ce sont des actes comme celui d’Anish Kapoor.
L’influence c’est la vie chargée avec tout ce qu’elle peut emmagasiner.

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