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Conversation avec Felix

A.S: en quoi ta tribune  « Barrez-Vous! » fait-elle évoluer les choses ?

F. M: ce serait vraiment immodeste de notre part de penser qu’en soi cette tribune fait bouger les choses. Elle ne fait pas vraiment avancer les choses, elle mets juste le sujet à l’ordre du jour et sur le devant de la scène. Les jeunes ne nous on pas attendu pour constater qu’il y avait un problème en France, ni pour se barrer!

Cela fait 30 ans maintenant que ce pays se satisfait d’une situation dans laquelle ¼ des jeunes démarre dans la vie avec la perspective d’une personne âgée qui serait très malade. Ce n’est pas normal. A 15, 20 ou 25 ans, les jeunes semblent préoccupés par le fait de s’insérer, ce qui explique sans doute qu’ils veuillent devenir fonctionnaire avant tout. Je ne vois rien de choquant dans le fait qu’un jeune souhaite devenir flic, diplomate, professionnel de la santé ou facteur ou prof, mais je trouve choquant qu’il aspire à un statut plutôt qu’à un métier. On ne devrait pas être en recherche d’insertion à cet âge là, on devrait être en train de créer.

On a juste réussi à faire beaucoup de bruit autour d’une thématique qui est omniprésente et la grande absente dans le discours public et politique. Tout le monde prétend parler de la condition de la jeunesse française, du chômage qui les touche, mais personne ne fait rien!
Barrez Vous! n’est pas un encouragement à vider ce pauvre pays qui va si mal de ses forces vives qui représentent sa seule chance de se relever. Notre propos c’est de dire que de manifester entre Bastille et République, cela ne suffit pas. Il faut arrêter de s’indigner. Le message que nous faisons passer aux jeunes s’est de dire, « vous êtes inaudibles, votre pays se fou de vous, montrez lui que vous êtes la mesure de votre indignation en vous barrant. Si vous le faite, on va commencer à vous écouter ». Si tous les jeunes se barrent, ce pays est foutu. « Faites en sorte que le gouvernement vous donne raison de ne plus partir ». Voilà en quoi réside notre propos.

Il y a une expression américaine très éloquente qui dit « vote with your feet ». Les gens passent leur temps à conchier les Etats-Unis dans le monde entier mais dès qu’ils ont l’opportunité d’envoyer leurs enfants étudier là bas, ils le font sans hésiter.

Comptez- vous faire évoluer votre appel vers une prise de position constitutionnelle ? L’adoption de propositions, de projets de loi ?

Nous avons certes mis en ligne modestement quelques propositions basiques qui vont dans le sens de notre démarche qui veut que les jeunes s’ouvrent au monde qui les entoure. Dans notre pétition on trouve par exemple la proposition d’utiliser la plateforme de conférence Ted  en cours dès la seconde, d’ouvrir les stages à l’international à l’ensemble de la population étudiante, que les films et les séries soient diffusées en V.O sur la télévision publique. Le discours a été divisé entre « Barrez Vous » ou « Battez Vous », il ne s’agit pas de cela ! C ‘est « Barrez Vous et
« Battez Vous ». Notre propos cherche à faire prendre conscience aus jeunes qu’ils vivent dans une bulle.

Les racines de ce « mal français » que tu dénonces ne proviennent-elles pas de notre éducation ?

Prenons le cas Etats-Unis/France…En France on a un système d’éducation basé sur le dénigrement de la réussite et du succès que l’on pointe du doigt plutôt que de l’encourager. Aux Etats-Unis, c’est le contraire. Là bas dès le plus jeune âge  on te valorise et on t’incite à poursuivre tes rêves. On mets même le succès et la réussite sur un piédestal. Pourquoi alors ne pas recentrer le débat sur le déni français ?

Là tu prêches un converti. « Le déni français » c’est le nom d’un bouquin qui vient de sortir, signé par Sophie Peder, la patronne du magazine The Economist. Nous avons abordé cette thématique sur les plateaux de télévision mais différemment, pour souligner le déni du monde qui nous entoure, de la persistance de la France à se borner à vivre aux pays des merveilles. En l’occurrence, personnellement ma scolarité en France s’est très mal passée, par contre j’ai été accueilli de manière incroyable quand je suis allé étudier aux Etats-Unis. Pour la première fois on ne me disait pas « tu es une catastrophe, on te prend mais on t’a à l’oeil ». Ils m’ont fait confiance et m’ont appris ce faisant à prendre confiance en moi-même, à être optimisme.

Donc oui le système éducatif français pose problème, et non être négatif n’est pas productif, alors même que j’accorde à l’école française des vertus extraordinaire ; le système éducatif est beaucoup plus ambitieux à bien des égards que celui que l’on trouve outre-Atlantique. Je ne le dénigre pas en soi. Nos bases de culture générale sont excellentes, le fait qu’on y étudie la philosophie aussi ; la réforme ne doit pas se faire sur le fond mais sur la forme. Ne pourrait-on pas envisager l’apprentissage de ce que l’on apprend de manière plus positive et optimiste ?

 

Il y a pas mal de success stories issues de notre génération, (celle qu’on appelle la génération X, celle des 30-40 ans), ces slasheurs qui ont su s’affranchir des nouveaux moyens de communication. Le problème n’est-il pas que ces personnes là manquent de visibilité médiatique, de caisse de résonance? Une initiative de cooptation entre la X et la génération Y n’est elle pas nécessaire au niveau national pour faire évoluer les choses ?

Pourquoi pas, mais c’est un très vaste sujet. En France on aime pas trop les slasheurs, on adore mettre les gens dans des cases et coller des étiquettes. Dans les médias, je suis apparu simultanément en tant que producteur de rap, consultant international, fondateur des Diners de l’Atlantique, parmi tant d’autres dénominations.  Résultat des courses, les gens me regardent comme une bête curieuse!

Cette ouverture au fait que nous sommes tous voués de plus en plus à  nous exprimer de manière différente et à avoir plusieurs métiers dans nos vies, plusieurs carrières, va se faire de manière générationnelle.  Je pense que les jeunes le sentent, le vivent de manière beaucoup plus évidente qu’auparavant. J’aimerais que le système éducatif français encourage plus les jeunes à voir cela. Pour l’instant il faut absolument choisir sa voie au lendemain du baccalauréat. On est lancé pour la vie, tout est décidé à 18/20 ans, alors que pour la plupart ils ignorent ce qu’ils veulent faire de leur vie à cet âge là. Et si on se recycle plus tard, ça veut dire qu’on a raté sa vie. C’est dommage !

 

Mais tu reconnais que se barrer a un prix ? Qu’il faut des moyens pour changer de vie ? Un jeune ne les a pas forcément…

Bien sur! Mais aujourd’hui il y a un lieu commun qui voudrait que ceux qui sont issus d’une école de commerce ou ceux qui bossent dans la finance soient les seuls à pouvoir se barrer et s’épanouir à l’étranger. La réalité c’est qu’aujourd’hui il y a des restaurateurs, plongeurs, chauffeurs, chefs cuisiniers qui vivent mieux à l’étranger qu’en France. Il faut que les Français arrêtent de croire que seules certaines catégories peuvent s’épanouir et prospérer à l’étranger. C’est faux. La réalité est toute autre. Les personnes que je viens d’évoquer sont en général beaucoup plus fières d’être français que ceux qui vivent en métropole. Pour moi la solution est dans l’entrepreneuriat !
Oui sauf que la France punit l’entrepreneuriat…

Justement.! C’est pour cela qu’on incite les jeunes à aller entreprendre ailleurs. Le gouvernement chilien propose des subventions aux jeunes qui vont s’établir à Santiago pour démarrer leur start-up. Et il y a plein d’écosystèmes dans le monde qui encouragent la démarche d’entreprendre!

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